Fantôme markerien

Apparaissant dans toutes les filmographies de Chris Marker ou presque, il est des films qui n'ont pourtant jamais existé que dans l'imagination de certains, faute de vérifier les informations piochées chez les autres, comme doit le faire tout historien ou biographe.
Retour donc sur les fantômes de l'univers markérien.

Le facteur sonne toujours cheval

Un fantôme sans autres traces que celles se mouvant dans l'imaginaire collectif et dont les informations techniques seraient les suivantes: 1992 - 52' - film TV.
Dans leur ouvrage Chris Marker. Filmessayist (1997), Birgit Kämpe et Thomas Tode éditent la réponse de Chris Marker au sujet du Facteur sonne toujours cheval, écrite le 27 mars 1994 et précédée d'un petit développement de leur cru:
"Der Titel is unübersetzbar, eine Kompilation aus Le facteur sonne toujours deux fois (dem französischen Titel des Romans von James M. Cain, The Postman Always Rings Twice und dem Briefträger Cheval. In der von Marker verfassten Filmographie fungiert LE FACTEUR... mit Jahres- und exakter Längenangabe (52 min.) unter den Fernseharbeiten. Auf die Frage, was sich hinter dem Titel verberge, sagte Marker Angang 1994: "La facteur sonne toujours cheval ist immer noch im Projektstadium [...] Und 1996 murmelte er etwas von "einer Beschäftigung für ruhigere Tage." Trotz aler Warnungen Markers, seine Aussagen ausserhalb seiner Filme trügen nichts zu deren Erhellung bei, müssen wir in diesem Fall, wo es das Werk noch nicht gibt, auf selbige zurückgreifen: "Es wird sich um eine Art Computer-Autobiographie" handeln, in der ich von meinem Werdegang mit den Computern berichten werde und in der ich Anspruch auf eine naive Informatik erhebe, so wie es auch naive Kunst gibt." (p. 326-327)
Nous pouvons dire, quoiqu'il en soit, que Le facteur cheval sonne toujours cheval est une farce, une de plus, dans l'oeuvre de Marker, à tel point que ce film est devenu un "gag" dans le cercle des initiés, les "proches" du réalisateur. Mais d'une manière plus générale, ce film est symptomatique des biographies écritent par des auteurs qui n'ont pas vu tout ou partie des oeuvres dont ils parlent, copiant sur leurs prédécesseurs la plupart du temps, et préférant blablater sur un sujet inconnu plutôt que d'avouer leur méconnaissance, de totale à très partielle, du sujet décrit.
Dans le cas de la biographie de Chris Marker, on peut dire que tous citent ce film dans la filmographie comme une oeuvre à part entière, alors que ce film n'a jamais existé. Aux lecteurs de se poser des questions.

Dans la note 5, p. 232 de Chris Marker: Memories of the Future, l'auteure, Catherine Lupton, donne les informations suivantes: "One of Marker's uncompleted projects is Le Facteur sonne toujours Cheval, a study of the Palais Idéal constructed partly from scavenged materials in southern France by a village postman, "Facteur" Cheval, and much admired by the Surrealists. Photographs of the Palais Idéal by Denise Bellon are featured in Marker's latest film (co-directed with Yannick bellon), Le souvenir d'un avenir", sans pour autant citer ses sources !

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All by Myself

Là encore, libération totale des zygomatiques, à la découverte de l'origine, non pas du monde, mais de l'introduction dans la filmographie de Marker du film All by myself (1983).
En fait, il s'agit d'une erreur d'édition. Dans son n° 9 du 3 mars 1983, l'hebdomadaire Ciné revue propose, sous la section "Nouveaux films à Paris", page 48, une critique de Sans soleil, ainsi que de Capitaine Malabar, dit "La Bombe", Rambo, Tootsie, L'Africain, Cobra, My Dinner with Andre et bien entendu All by Myself. Or, si la critique de Sans soleil a été éditée sous Sans soleil, elle l'a aussi été sous All by Myself, et ce mot pour mot, faisant de ce second film, un film de Chris Marker, ni plus, ni moins.
All by Myself serait en fait un documentaire de 97 minutes, réalisé en 1982 par Christian Blackwood et sorti en France le 2 mars 1983. Ce film dresse le portrait d'Eartha Kitt, une chanteuse noire américaine, également danseuse, actrice et romancière, qui fut la révélation des années cinquante.

Les chats

Une fois encore, il faut considérer l'ouvrage Chris Marker. Filmessayist (1997) de Birgit Kämper et Thomas Tode. Tout en fin de volume, dans leur section "Gerüchte / Falschmeldungen / Enten...", à savoir en français "attribution erronée, fantasmatique ou canular", on trouve:

1963 - Les chats. R. Chris Marker. Der Film wird nur in einer Quelle genannt: Jean Perret. Selbst wenn er nicht existiert, könnte er doch sehr gut von Marker stammen.

Ce qui revient à dire que ce film n'est mentionné que par Jean Perret, dont le texte référencé en bibliographie est "Chris Marker: filme, photographie, voyage, écrit et aime les chats", paru à Genève, en novembre 1982, dans la brochure 20 ans de cinéma offensif, 20 ans de fictions documentées.
Considérant le "titre" et l'amour de Marker pour les chats, Tode et Kämper, bien que pensant que le film n'existe pas, ont volontairement laissé une porte ouverte.
De notre côté, nous avons contacter à ce sujet Jean Perret, ancien directeur du festival Vision du réel, à Nyon (Suisse), avec lequel nous avons collaboré en 2011 dans le cadre du projet Spirales. Fragments d'une mémoire collective. Autour de Chris Marker. Il n'avait pas mentionné ce film "inconnu" déjà lors de notre programmation de la rétrospective Marker et une fois encore, il a laissé penser que ce film n'existe pas. Nous n'avons malheureusement pas pu retrouver le texte de Perret mentionné par Tode et Kämper.

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