1921-1946: une enfance mystérieuse 

"Chris Marker me paraît un personnage fascinant, à ma connaissance unique au monde. Je ne connais personne qui puisse avoir à la fois ce sens des problèmes politiques contemporains, ce goût du beau, cette espèce de joie devant la culture et devant l'art, cet humour; et qui arrive, lorsqu'il fait un film à ne se séparer d'aucune de ces tendances."1

ALAIN RESNAIS

Christian, Hippolyte, François, Georges Bouche-Villeneuve, plus connu sous le nom de Chris Marker, est né le 29 juillet 1921, à 10h du matin, à Neuilly-sur-Seine, France. Fils de Georges Hippolyte Bouche-Villeneuve, 38 ans, inspecteur des agences de la Région parisienne du Crédit Lyonnais, et de Jeanne, Marie, Henriette Villeneuve, trente ans, domiciliés à Paris, rue de Sèvres, 40, son acte de naissance sera donné le 1er août en présence de Paul Paquier, président des agences de la Région parisienne du Crédit Lyonnais, et Hippolyte Villeneuve, inspecteur général des Postes et Télégraphes, en retraite, officier de la Légion d'honneur.2
Les premières années de sa vie sont obscures et Marker lui-même a contribué à la confusion avec des informations douteuses (par exemple, certaines sources affirment qu'il est né à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie, alors que d'autres suggèrent qu'il a peut-être combattu comme pilote d'avion de l'armée américaine ou parachutiste, ou encore, qu'enfant, il habita pendant deux ans à Cuba). Dans les années 1930, il étudie dans les quartiers chics de Neuilly, au Lycée Pasteur. Là, enseigne alors un jeune agrégé en philosophie appelé Jean-Paul Sartre, qui ne sera pourtant jamais son professeur. Marker s'y occupe, en tant qu'éditeur, du journal des étudiants du lycée Le Trait d'union. Il sera finalement licencié en philosophie dans le courant de la guerre. En 1941, il rejoind son père à Vichy, où il créé une nouvelle revue, La Revue français sous le pseudonyme de Marc Dornier. En décembre 1941, alors que le second numéro est à peine sorti de presses et que les Américains de leur côté sont entrés en guerre, Marker se rend en Suisse, puis entre dans la Résistance. En 1945, finalement, peu avant la Libération, il s'engage dans l'armée américaine. Colin McCabe donne à ce sujet quelques précisions: "He joined the Resistance for, in his words, “the adventure rather than the ideology,” and then the American Army when, for a brief period after the Battle of the Bulge (16 décembre 1944 - 25 janvier 1545), the Americans directed recruited Frenchmen. He fought right through to the end of the war, and one of his most treasured possessions was the signed letter from Eisenhower thanking him for his service."

Note
1 Guy Gauthier, "Entretien avec Alain Resnais", dans Image et Son, n° 161-162 (avril-mai 1963), p. 53
La biographie proposée ici a été écrite pour l'essentiel par Marcos Marino dans le cadre du cycle d'automne 2011 du Ciné-club universitaire de Genève intitulé Coeur de chat. Si Chris Marker m'était conté.... Nous l'avons quelques peu modifiée, avec l'approbation de son auteur.
2 D'après une copie intégrale de l'acte de naissance, qui mentionne également son mariage et son décès.


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