La musique selon Chris Marker...

Chanson écrite par Chris Marker

1958 - Michel Frenc n° 2 de Michel FRENC
Arrangements et orchestre: direction Yves Dunot
45 tours médium n° 4553 / Teppaz Lyon
Photographie: Le Bihan

Contient les titres suivants:

  • Je ne sais pas (paroles et musique de Jacques Brel)
  • Litanies pour un retour (paroles de J. Brel, musique de J. Brel et François Reuber)
  • Les Amours partagées (paroles et musique de Michel Frenc)​
  • Les Rues (paroles de Cris Marker (sic), musique de Yves Dunot)
​_________________

1960 - L'Amérique insolite de François Reichenbach
Musique de Michel Legrand
1960 - 45 T (EP 4 titres) - Barclay 70317

Contient les titres suivants:

  • Rock surprise party
  • Arrivée des pionniers
  • Tango des jumeaux
  • Les Délinquants
Le film comporte cependant une chanson non enregistrée sur ce vinyl et intitulée Mardi Gras, écrite par Michel Legrand et Chris Marker, et interprétée par June Richmond.

Par ailleurs, notons qu'une autre chanson interprétée par Louis Ferrari à l'accordéon et son ensemble, et intitulé Dans ma prairie (Air des pionniers", version slow) est sortie sur un EP 4 titres, paru en 1960, chez Fontana (n° 460.085 TE, face 1).

Bandes originales de films

Certains films réalisés par Chris Marker ou auxquels il a collaboré comportent une musique écrite par de grands compositeurs tels Michel Legrand, Georges Delerue, Maurice Jarre ou encore Trevor Duncan.
Ces bandes originales (BO) ont très rarement fait l'objet, à l'époque, d'une édition discographique, sous forme de LP ou de EP. Cependant, les quelques BO existantes, à l'exception de la BO du Joli mai, sont faciles à trouver dans le commerce en ligne. Par ailleurs, toutes sont conservées à la BNF.
Nous les présentons ici dans l'ordre chronologique de leur parution, sans différentiation entre les films réalisés par Chris Marker et les autres.

1956 - Les Hommes de la baleine - Chants des harponneurs des Açores de Mario Ruspoli
Enregistrement Gilbert Rouget, expédition Mario Ruspoli, collection du Musée de l'Homme (1ère éd. Açores - Chants de baleiniers portugais)
1959 - 45 T (EP 4 titres) - Vogue Extp. 1036 - Mono/Stéréo

Contient les titres suivants:

​Cliquez sur les titres pour l'écoute !
​​_________________

1956 - Dimanche à Pékin de Chris Marker
Musique de Pierre Barbaud. Orchestre dirigé par Michel Delerue.
Cet album, conçu par Alain Garel en complément du dossier L'Age d'or du court métrage, publié dans Bref n° 20, a été réalisé par Alain Garel, Jacques Kermabon et François Odé, avec la collaboration de Jean-Pierre Bouquet (ingénieur du son).
CD 01956421 - durée totale: 77'38

Contient les titres suivants:

  • L'Opéra bouffe d'Agnès Varda (1958)
  • Les Dents du singe de René Laloux (1960)
  • La Joconde d'Henri Gruel (1957)
  • Dimanche à Pékin de Chris Marker (1956) - 16'11
  • Le Bel indifférent de Jacques Demy (1957)
  • Un jardin public de Paul Paviot (1955)
  • Diamètres de Philippe Condroyer (1961)
​​_________________

1962 - La Jetée ​de Chris Marker
Le morceau principal chanté par les Choeurs de la Cathédrale orthodoxe russe de Paris, sous la direction de Piotr V. Spassky, est l'oeuvre de Piotr Grigorievitch Goncharov (1888-1970). Il est intitulé "Kpecmy TBoemy" (Krestu Tvoyemu - Nous nous prosternons devant ta Croix), soit:
(FR) "Tropaire en l'honneur de la Sainte Croix"
(GB) "Troparion to the Holy Cross"
(DE) "Tropus zur ehre des Helligen Kreuzes"
L'interprétation retenue par Chris Marker, pour La Jetée, sous la direction de Spassky, a été éditée par Philips, puis Fontana, sous le titre Musique liturgique russe. On le retrouve aussi bien sous format vinyl que sous format CD, dans des éditions françaises ou étrangères, et aujourd'hui même en streaming.
Dans son article "Montage, Militancy, Metaphysics: Chris Marker and André Bazin", paru dans un numéro spécial de Image & Narrative (vol. 11, n° 1, 2010), Sarah Cooper cite un extrait du chant (p. 24):

Before Thy Cross we bow down in veneration,
O our Master, and Thy holy Resurrection we glorify

qui prend dès lors tout son sens au vue de l'histoire et des images de La Jetée. 


(FR) double LP Philips - L.00.402

​(FR) double LP Philips - 6500.278
​(FR) LP Philips - 802.813.LY 
(DE) double LP Philips - 894118.ZKY
(DE) double LP Fontana - 894118ZKY

Pour ce qui est des morceaux de Trevor Duncan, l'histoire est un peu plus compliquée. D'après différentes sources, on a 5 morceaux, dont 3 sont connus et réédités:

- The Girl (prologue)
- The Girl (love theme)
- The Vastness of space

Sous toutes réserves, ces morceaux seraient issus, ou du moins inspirés, des séries de la BBC, The Quatermass:

The Quatermass Experiment (1953)
- Quatermass II (1955)
- Quatermass and the Pit (1958-1959)

Ces trois séries ont été rééditées en dvd, en 2005.
Et les deux morceaux intitulés The Girl, cités ci-dessus, ont été réutilisés par Christopher Slaski, pour le films des frères Stephen et Timothy Quay, The Piano Tuner of Earthquakes (L'Accordeur de tremblements de terre - 2005).


Vastness of Space
​(piste 47 - 2:47)
(GB) BooseyMedia - CAVCD 171 (2003)
The Girl - prologue 
(piste 32 - 3:40)
The Girl - theme
​(piste 34 - 3:33)
(GB) 3CDs Cavendich - CAVCD223 (2007)
The Girl - prologue 
(piste 20 - 3:43)
The Girl - theme
​(piste 21 - 3:36)
(GB) 3CDs Cavendich - CAVCD223 (2007)

Krestu Tvoyemu (piste 1)
The Girl - prologue (piste 2)
The Girl - theme (piste 3)
The Vastness of Space (piste 4)
(GB) Cherry Red Label / El Records - ACMEM.263CD (2014)

Bande originale complète
LP - Superior Viaduct (2016)
ASIN B1805L5JNEO
​​_________________

1962 - Le Joli mai de Chris Marker
Musique dirigée par Michel Legrand
1963 - 45 T (EP 4 titres) - Philips 432.906 BE

Contient les titres suivants:

  • Joli mai interprété par Yves Montand
  • Image de Paris musique dirigée par Michel Legrand
  • Visages musique dirigée par Michel Legrand
  • Joli mai - thème

Cliquez sur les titres pour l'écoute !

​​_________________

1970 - Magny 68
LP de Colette Magny
1970 - 33 T - Le chant du monde TK 10

Contient entre autre Nous sommes le pouvoir, essai sur mai/juin 1968, documents sonores de William Klein et Chris Marker, extraits (en partie?) du ​Joli mai, et 7 autres titres de Colette Magny.
Pour écouter, cliquez ici !

​​_________________

1970 - L'Aveu de Costa-Gavras
Orchestre dirigé par Jacques Météhen
1970 - 45 T (EP 4 titres) - Disc AZ n° 1319 / Production Eden Roc

Contient les titres suivants:

  • L'Aveu (générique)
  • Thème de Gérard
  • Thème de Lise
  • 21 août 968
​​_________________

1988 - Les Pyramides bleues d'Arielle Dombasle
1988 - 45 T (2 titres) - BMG France

Contient les titres suivants:

Cliquez sur les titres pour l'écoute !

haut

La musique de Michel Krasna

Dès son enfance, Chris Marker est passionné par la musique, que ce soit la musique classique ou le jazz américain, en passant par la chanson française du fou chantant Charles Trenet ou de la french touch manouche d'un Django Reinhardt, créateur du jazz de chambre. Cet amour de la musique, on le retrouve à travers ses premiers écrits (en particulier dans quelques articles de la revue Esprit ou dans Regards neufs sur la chanson (1954)), tout autant que dans ses derniers, en particulier dans "La question: Autour de la musique gravitent des images, quelle est celle qui vous a le plus marquée?", témoignage paru dans le n° 5 du magazine web Les Allumés du jazz (2001, p. 18)
Mais ce que l'on connaît peut-être moins, car partie discrète quoique intégrante des films, c'est que Chris Marker, pianiste confirmé, était aussi créateur de musique de film, des siens, bien évidemment, mais aussi de ceux des autres. Il n'apparaît pas alors sous le nom de Chris Marker, mais habitué au jeu des alias, il est crédité dans un premier temps sous le pseudonyme de Michel Krasna, frère du célèbre Sandor. Pour d'autres films, il n'est simplement pas crédité au générique, quand bien même il soit l'auteur de la bande son, tel que pour les films collectifs ou ceux de quelques amis, tel Patricio Guzman et sa ​Première année.
Une consultation rapide des génériques des films de Chris Marker dévoile le nom de Michel Krasna sous la rubrique "musique" (Sans soleil (1982), Junkopia (1984)), "bande électro-accoustique" (L'Héritage de la chouette (1989)), "musique additionnelle" (Le Tombeau d'Alexandre (1993)), "bande sonore et claviers" (Level 5 (1996)) ou encore "tissu sonore" (Le Souvenir d'un avenir (2001)), Chats perchés (2004)).
Dans Le Coeur a rendu l'âme (1994) de Jean-François Dars et Anne Papillault, il est doublement mentionné au générique de fin: sous le pseudo Michel Krasna dans la rubrique "conseiller musical" et sous le nom de Chris Marker dans celles des "remerciements" (voir deux images ci-dessous).

Le musicien Hayao Yamaneko

Un autre pseudonyme de Chris Marker attaché à la musique est celui d'Hayao Yamaneko, bien qu'il apparaisse pour la première fois dans l'oeuvre de Chris Marker, en 1982, à travers le film Sans soleil, mais crédité au générique sous la rubrique "effets spéciaux". Le commentaire du deuxième acte, commence ainsi: "Mon ami Hayao Yamaneko a trouvé une solution: si les images du présent ne changent pas, changer les images du passé... Il m'a montré les bagarres des Sixties traitées par son synthétiseur. Des images moins menteuses, dit-il avec la conviction des fanatiques, que celles que tu vois à la télévision. Au moins elles se donnent pour ce qu'elles sont, des images, pas la forme transportable et compacte d'une réalité déjà inaccessible.
Hayao appelle le monde de sa machine: la Zone - en hommage à Tarkovski."

Et le film s'achève sur ces mots:
​"Enfin, je descendais dans la cave où mon copain le maniaque s'active devant ses graffiti électroniques. Au fond, son langage me touche parce qu'il s'adresse à cette part de nous qui s'obstine à dessiner des profils sur les murs des prisons. Une craie à suivre les contours de ce qui n'est pas, ou plus, ou pas encore. Une écriture dont chacun se servira pour composer sa propre liste des choses qui font battre le coeur, pour l'offrir, ou pour l'effacer. A ce moment-là, la poésie sera faite par tous, et il y aura des émeus dans la Zone".

Or, pour rappel, "Sixties" est le titre des suppléments du double dvd Le Fond de l'air est rouge, à savoir A bientôt j'espère..., Puisqu'on vous dit que c'est possible, La Sixième face du Pentagone, L'Ambassade et 2084, film dans lequel Hayao Yamaneko est de nouveau crédité au générique pour les "effets spéciaux".
La référence à Tarkovski n'est pas anodine, que l'on songe aux futures zones de Zapping Zone (1990-1994) et à Une journée d'Andrei Arsenevitch (1999).
Par ailleurs, le matériel décrit au générique (synthétiseur d'images: EMS Spectre, synthétiseur de son: EMS/VCS3, Moog Source etc.) est le même utilisé par Marker dans d'autres films ou dans ses projets informatiques, en particulier les X-plugs que l'on retrouvent dans Immemory ou dans L'Ouvroir sur Seconde Life.
Enfin, on peut également préciser qu'en japonais, "yamaneko" veut dire littéralement "chat de montagne" et désigne effectivement un type de félin qu'on ne trouve qu'au Japon.
Un programme de 1983 du Berkeley Art Museum & Pacific Film Archive, dans le cadre du San Francisco International Film Festival & Filmex '83, dans sa description de Sans soleil, propose quelques lignes sur Yamaneko, laissant au lecteur une interrogation supplémentaire.

"Video-artist Hayao Yamaneko worked in television in Tokyo, and acquired the status of Artist in Residence at the Pacific Film Archive, Berkeley, after making the video tape, Who Decided Our Death?

Ce qui bien sûr est un joke de Marker lui-même, comme le montre le reste du texte.
Mais la majeur partie des éléments à disposition, et comme nous l'a confirmé catégoriquement Catherine Cadou, "l'indispensable" de Level Five, amène à conclure que Chris Marker et Hayao Yamaneko ne font qu'un et qu'il s'agit en fait d'un nouveau pseudonyme, au même titre que les frères Sandor et Michel Krasna, également crédités au générique de Sans soleil.
Cette conclusion a été confirmée et définitivement validée par Marker lui-même dans une lettre à des admirateurs, dont Emiko Omori, que l'on peut retrouver sur son site chrismarkermovie.com.

Mais alors, dans ce cas, le web offre des découvertes intéressantes. En effet, sur Youtube, Twitter, comme sur plusieurs autres sites musicaux ou vidéos, on trouve une production sonore et visuelle d'un certain Hayao Yamaneko. Selon toute vraisemblance, il ne s'agirait pas de Chris Marker, car sur Youtube un document a été posté le 18 septembre 2012 et sur Twitter, le 3 janvier 2013, soit après le décès de Marker. Mais qui sait, peut-être qu'une main habile amie poursuit l'aventure, car le clip de Fountain Memorial [Akina Nakamori - Teenage Blue] est tout à fait dans l'esprit de ce que Marker aurait pu faire. Tout comme l'album Shattered Holograms, qui semble être la plus importante de ces créations. La radio online Last.fm, quant à elle, propose pas moins de 26 titres pour cet artiste.

haut

Quelques pistes bibliographiques

- Holly ROGERS (ed.), Music and Sound in Documentary Film, New York / Abingdon (Oxon): Routledge, 2015.

  •  Thomas F. Cohen: "Reinventing the documentary: the early essay film soundtracks of Chris Marker" 
- Orlene Denice McMAHON, Listening to the French New Wave: the Film Music and Composer of Postwar French Art Cinema, Berne: Peter Lang, 2014
  • Part II, The Left Bank Group: Musicalising moving photographs: the early film music of Agnès Varda; Musical 'Madeleines' in the early cinematic essays of Chris Marker; Alain Resnais: 'Auteur Mélomane
- Rebecca A. SHEEHAN, "The Disembodied Wound of The Piano Tuner of Earthquakes: The Quay Brothers' "Homage to Chris Marker", Discourse, vol. 34(2-3) (spring-fall 2012), pp. 209-229
  • The Brothers Quay set their 2005 film, The Piano Tuner of Earthquakes, to a memorable theme song, the very same one that accompanies the still images of a man’s memory of love and loss in Chris Marker’s La Jetée (1962). The song evokes that boy on the pier at Orly before World War III, his confinement by the victors and his memories, frozen in time, of encounters with a woman, the image of whose face has marked him. The Quays tell us in the interview that accompanies the DVD of The Piano Tuner of Earthquakes—hereafter [End Page 209] referred to as The Piano Tuner — that the last thing they wanted was a “love theme” for the film, but that it was their “homage to Chris Marker.”1 They go on to explain that the song was originally written for a ballet titled The Unwanted, which was fitting because when they located the original recording in the Boosey and Hawkes music library it was in such poor shape that it had to be restored for use in their film. This musical choice suggests more intrinsic and, so far, critically overlooked sympathies between the work of Marker and the Brothers Quay. Looking at the Quays’ film in the context of Marker’s oeuvre clarifies how the uncanny intersections of the animate and inanimate and, by extension, life and death, function in their work. The spirit of Marker haunts their cinema, and attention to Marker’s traces in this film illuminates the manner in which their stop-motion animation techniques and the cinematic apparatus it intimates produce a commentary on history and time. The epigraph from Sallust that opens The Piano Tuner — “These things never happen but are always” — reveals a set of connections between Marker and the Quays regarding the haunting effects of temporal conflicts between past and present, history and memory, event and duration. Sallust’s words illuminate the philosophical dimension of the Quays’ process of stop-motion animation as well as the desires that consume the characters in their film. Working with theorizations of Marker’s notion of “a wound disembodied” introduced in his 1983 film Sans Soleil, this essay explores how the body distinctly figured in The Piano Tuner marks the intersection of Sallust’s paradoxical claims, at once subject to historical events that happen, or never happen while also resisting the singularity of these events with a psychic locus that posits alternative possibilities through the memory of and desire for those things that never happen.
    Through the technique of stop-motion animation a succession of still images are edited together to create an illusion of live-action motion, bringing puppets to life and permitting inanimate objects to move seemingly on their own. Just as this process allows the still image to animate or reanimate detritus in the Quays’ films, the series of still images in La Jetée promises to bring back to life beings that do not move in their present reality, such as the taxidermied animals and statues depicted in Marker’s film. The qualitative difference between the living and dead collapses in the still images of taxidermied animals caught midsnarl or in midflight in La Jetée. Such images potentially contest the photograph’s arresting effect by underscoring its paradoxical animation: the stuffed animals appear to have been alive when the photograph was taken. In The Piano Tuner the uncanny effects of the animation-deanimation [End Page 210] dyad spread to the conflicts between self and other, interior and exterior, within its narrative’s characters. The melancholia of the abducted opera singer Malvina van Stille and the fetishism of her abductor Dr. Droz appear driven by wounds disembodied, by memories and desires that persist and haunt despite their embodied absences. The out-of-joint temporal qualities...